La Tour Carbonnière à Aigues-Mortes

La Tour Carbonnière à Aigues-Mortes
La Tour Carbonnière est une fortification imposante de forme carrée qui a été construite en même temps que les célèbres remparts d’Aigues-Mortes, c’est-à-dire à la fin du XIIIème siècle. Ses pierres en bosses ont été prélevées dans la même carrière que celles utilisées pour construire les remparts.  Cette œuvre appartient vraisemblablement au mécène génois Boccanegra, selon les historiens.

Les premiers habitants de la ville

Les premiers habitants de cette majestueuse tour ont été les moines de Psalmodi, qui s’occupèrent de l’entretenir et de la conserver. La Tour Carbonnière a été construite au bout d’une chaussée très longue : elle était l’unique passage conduisant à Aigues-Mortes par voie terrestre. Les voyageurs devaient payer un péage pour pouvoir se rendre à la ville, jusqu’à ce que les moines décident de le supprimer pour le bien de la communauté.

Les personnes exemptes du droit de péage

Les moines dressèrent une liste des personnes exemptes de ce droit de péage :

  • les habitants de la ville et leurs proches,
  • les officiers du roi,
  • les médecins,
  • les ecclésiastiques,
  • et les nobles.

La proteste des consuls

En 1409, les consuls protestèrent et demandèrent au roi d’instaurer de nouveau un péage. Leur demande fut acceptée et le roi ordonna que les revenus soient utilisés pour entretenir les chaussés et la route.

La proteste des gouverneurs

Les disputes pour la Tour Carbonnière continuèrent à travers les années. Les gouverneurs désignés comme « capitaines de la Tour Carbonnière » décidaient à chaque fois de s’emparer des droits de péage et des revenus. Les moines avaient ensuite recours aux juges, qui leur donnèrent raison en désignant en 1450 leur Abbaye comme propriétaire exclusive des droits de pêche.

Le commandant le Bon

Un autre capitaine de la Tour Carbonnière, le commandant le Bon, décide en 1585 de s’approprier des droits de péage et des revenus de la tour. À cette époque de troubles où l’impunité régnait, ce type de décision était très facile à prendre et les gouverneurs obtenaient de larges profits. Cette fois-ci, ce furent les consuls de la ville qui protestèrent. Le sieur de Leques leur donna raison et ordonna un nouveau droit de péage en leur faveur.

La guerre des religions

L’histoire de la Tour Carbonnière a été très mouvementée durant la guerre des religions : elle changea d’occupants à maintes reprises. À chaque fois, le nombre de soldats chargés de la protéger était insuffisant. Le roi Henri IV, par exemple, désigna une garnison de 150 hommes pour protéger la ville d’Aigues-Mortes, dont 3 soldats seulement devaient défendre la Tour Carbonnière.

Les religionnaires

Selon les archives locales, la Tour Carbonnière fut utilisée comme repère par les religionnaires : c’est de là qu’ils partaient afin de rançonner les villages avoisinants. Elle fut même atteinte par des coups de canons tirés par les soldats du chevalier Daisse et le capitaine Grille, suite à leur célèbre victoire dans la bataille de Saint-Gilles. Le 18 mars 1642, la Tour Carbonnière subit encore des coups de canons, mais elle fut courageusement défendue par Mathieu d’Enguerran qui donna sa vie dans cette bataille.

Après les guerres civiles

Les guerres civiles terminées, la tour trouva enfin la paix. Une petite garnison s’occupa de la protéger : elle y habita pendant de longues années, et les habitants de la ville fournissaient aux soldats l’huile, le bois, les chandelles et toutes les denrées dont ils avaient besoin. La tour tomba peu à peu dans l’oubli.

Nouveau plan et nouveaux propriétaires

La route départementale passait encore au milieu de la Tour Carbonnière jusqu’en  1870, puis elle fut détruite car, la Tour étant trop étroite, elle ne parvenait plus à contenir les voitures et les charrettes. Elle fut remplacée par une route dont les deux bras passèrent à droite et à gauche de la Tour. En 1859, la Tour fut restaurée et déclarée propriété de l’Etat.

L’anecdote de Location Aigues-Mortes : la tour Carbonnière changea souvent de propriétaire :le Royaume, l’abbaye de Psalmodi, la ville, le génie et puis la ville. Elle passa ensuite sous la tutelle du ministère des Beaux-arts, avant d’être finalement cédée à la ville de Saint Laurent d’Aigouze.